Document de travail

Analyse de la synergie entre relâchement du CCyB et assouplissement monétaire

Mise en ligne le 6 Septembre 2024

Document de travail n° 961. Au plus fort de la crise du COVID-19, de nombreux pays ont autorisé leurs banques à réduire leur volant de fonds propres contracyclique (CCyB) et ont abaissé leurs taux directeurs. Nous exploitons cette expérience quasi-naturelle pour évaluer les effets combinés de ces deux politiques sur les taux des prêts bancaires. Tout d'abord, notre analyse théorique montre que l’effet conjoint de l’assouplissement du CCyB et de la politique monétaire est supérieur à la somme des effets des deux politiques lorsqu’elles sont considérées indépendamment l’une de l’autre. Cette synergie est ensuite validée empiriquement par une analyse en double différence. Nous trouvons qu’une baisse d’un point de pourcentage du CCyB coïncide avec une réduction supplémentaire d'environ 11 points de base du taux débiteur aux entreprises, par rapport aux pays qui n’ont pas bénéficié d’un tel assouplissement macroprudentiel. En outre, plus le taux directeur est bas, plus les avantages de l’assouplissement du CCyB sont importants. Enfin, le relâchement du CCyB a permis d’améliorer la transmission de la baisse des taux directeurs. 

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Effets cumulé vs combinés d'un assouplissement de la politique monétaire et de la baisse du CCyB

La politique macroprudentielle s’est considérablement développée depuis une quinzaine d’années, dans le but de préserver la stabilité financière. Parmi la large gamme d’instruments dont dispose la politique macroprudentielle, les exigences en fonds propres occupent une place prépondérante. Dans le cadre de Bâle III, elles ont été complétées par l’ajout d’un coussin contracyclique (CCyB). A la discrétion des autorités prudentielles, cette mesure peut imposer aux banques de détenir des fonds propres supplémentaires (jusqu’à 2,5 %) pendant les périodes d’expansion, afin de limiter le risque de croissance excessive du crédit. À l’inverse, en période de ralentissement économique, les autorités peuvent autoriser les banques à réduire ce coussin afin d’éviter un désendettement et un durcissement excessif des conditions de crédit, qui pourrait détériorer encore davantage le contexte économique. 

La conduite contracyclique de la politique macroprudentielle soulève la question de son interaction avec d’autres politiques contracycliques, en premier lieu avec la politique monétaire, toutes deux agissant sur les conditions de financement bancaire. En particulier, il serait opportun que ces deux politiques se renforcent mutuellement en période de crise afin de limiter le durcissement des conditions de crédit.

À cet égard, la crise du COVID-19 constitue une expérience quasi naturelle intéressante pour étudier les effets individuels et combinés des politiques macroprudentielle et monétaire sur les conditions du crédit. En effet, en mars 2020, pratiquement toutes les banques centrales du monde ont assoupli leur politique monétaire, tandis que les autorités macroprudentielles autorisaient les banques à réduire leur coussin contracyclique pour la première fois depuis sa mise en place. 

Ainsi, dans cet article, nous examinons si l’interaction entre l’assouplissement de la politique monétaire et l’allègement des coussins contracycliques a significativement assoupli les conditions du crédit au plus fort de la crise COVID. Premièrement, nous évaluons théoriquement la transmission d’un relâchement du CCyB et sa complémentarité avec la politique monétaire à travers le prisme d’un modèle néo-keynésien intégrant un secteur bancaire et des frictions financières. Deuxièmement, nous étudions empiriquement les prédictions théoriques du modèle à l’aide d’une approche par différences de différences (DID), sur un échantillon de 54 pays.

Notre modèle théorique montre que, considérés individuellement, l’assouplissement de la politique monétaire et des exigences en fonds propres contracycliques font baisser les taux débiteurs bancaires. De surcroît, comme le montre le graphique 1, l’action conjointe de ces deux politiques réduit les taux bancaires de manière plus importante que la somme de leurs effets individuels. Cela suggère l’existence d’une complémentarité entre les deux politiques. L'effet sur les taux des crédits immobiliers semble plus toutefois faible que celui trouvé pour les taux de prêt aux entreprises.

Nos résultats empiriques confirment que la baisse du CCyB et l'assouplissement monétaire se sont complétés pour faire baisser les taux débiteurs bancaires pendant la pandémie, quoique modestement. En moyenne, une réduction de 1 point de pourcentage du CCyB se serait traduite par une diminution supplémentaire de 11 points de base des taux des prêts aux entreprises, par rapport aux pays qui n’ont pas actionné ce levier macroprudentiel. Résultat intéressant, il apparaît que plus le taux directeur est bas, plus cet effet est important, ce qui suggère que l’assouplissement du CCyB a offert une marge de manœuvre aux économies dont le taux directeur était proche du plancher zéro. Les taux sur les crédits immobiliers ont également été sensibles à ce policy-mix, mais dans une bien moindre mesure, conformément aux enseignements du modèle théorique. Enfin, nous trouvons que la baisse du CCyB a amélioré la transmission de l'assouplissement monétaire aux taux des prêts aux entreprises. Dans les pays ayant baissé leur CCyB, comparativement à ceux qui ne l'ont pas fait, les taux d’emprunt ont diminué de 18 points de base supplémentaire pour chaque réduction de 100 points de base du taux directeur.

 

Mots-clés : fonds propres, coussins contracycliques, politique monétaire, complémentarité, taux débiteurs, Covid-19 

JEL classification: G21, G28, E52, E44
 

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Mise à jour le 6 Septembre 2024